Proposals/Propositions/Propuestas/Propostas :
I. Reconquérir le sens des motsLes notions utilisées pour désigner les phénomènes et processus de communication contemporains devraient constituer un champ de réflexion critique et d’intervention. Car l’uniformité du monde commence par la normalisation de la langue qu’on banalise ou qu’on débarrasse de ses aspérités. “ Société de l’information ”, “ société globale de l’information ”, “ service universel ”, “ diversité de l’offre culturelle ” : cette terminologie qui s’est imposée comme langage unique dans le débat international structure les discours d’accompagnement des stratégies dérégulatrices de l’ultralibéralisme contre le principe de service public dans le domaine de la culture, de l’information et de la communication. Par cette terminologie passe les glissements de sens des concepts de liberté et de démocratie. Cette critique des mots implique de faire le lien entre la réflexion stratégique de ceux qui pensent l’action dans les systèmes d’éducation et ceux qui le font en matière de communication.
II. Renouer avec le devoir de mémoireDepuis les années soixante-dix, se sont accumulées partout dans le monde des revendications et des expériences de lutte qui ont donné lieu à une vaste réflexion critique et constructive sur le rapport démocratie, communication, espace international. Elles ont mis à l’ordre du jour des questions nécessaires comme les politiques de communication, les politiques culturelles, le droit à la communication. Il est important de tenir compte des enseignements de ces expériences comme de leurs limites si l’on veut contrer l’amnésie (la tabula rasa) inhérente à l’idéologie contemporaine de la communication.
III. Désenclaver le débat sur globalisation, information et communicationA la veille des débats de l’OMC sur les “ services ”, il convient de repèrer les nouvelles transversalités ou liens organiques qui naissent des luttes contre les risques de l’uniformisation. Par exemple les liens entre la biodiversité et la diversité ou “ exception ” culturelle. Les débats récents entamés au sein de l’Unesco et de l’Union internationale de télécommunications autour de la “ Société de l’information ” ou “ société de la connaissance ” montrent bien la globalité des enjeux du “système technicien ” mondial. C’est ainsi que l’ont compris les coalitions de réseaux et mouvements sociaux qui cherchent à proposer des alternatives. La question du fonctionnement des grandes institutions de la communauté internationale et de la représentativité de la société civile est ouvertement posée.Cette prise de conscience de la globalité est d’autant plus essentielle que les logiques enclenchées par l’impératif planétaire de la sécurité à la suite du 11 Sept. stimulent les applications des nouvelles technologies de l’information à la surveillance et au contrôle des citoyens.
Strategies/Stratégies/Estrategias/Estratégias :
Ne représentant pas une organisation en particulier, et parlant à partir de ma longue trajectoire internationale d’enseignant-chercheur dans le domaine des médias, des industries culturelles et des réseaux d’information et de communication, expérience doublée d’une longue expérience de participation à l’élaboration de politiques de communication et culturelle (Chili, Mozambique, Nicaragua, France, Belgique, et, plus largement, Union européenne), je suis en phase avec les stratégies que l’ATTAC met en place sur la défense des services publics et de l’exception/diversité culturelle. Je souhaite qu’il y ait davantage de liens entre les
actions entreprises en ce qui concerne la “ Société de la connaissance ” par les réseaux sociaux en provenance des pays du Sud et celles issues des pays du Nord.Je suis aussi partie prenante de la proposition faite au FSM3 par Le Monde diplomatique de création d’un Observatoire international des médias. Je la doublerais d’une autre en avançant l’idée d’un Observatoire sur l’appropriation citoyenne des technologies d’information et de communication, poste d’observation, de réflexion et d’action pour contrer le projet de “ Nouvel ordre de l’information ” ,annoncé à grands fracas en 1995 par le G-7 autour des “ autoroutes de l’information ” et de ses grands groupes industriels, et construire un autre possible .J’insiste, par ailleurs, sur
la nécessité d’établir des liens stratégiques entre éducation et communication. Car la question des médias et des technologies de l’information est trop souvent un point aveugle dans la pédagogie citoyenne.